Il y a une histoire qui m’a interpellé, bien que frappée d’une certaine banalité. Ce genre d’histoires qui se racontent au comptoir d’un café.

Pourtant elle m’a remué. Elle a rappelé à ma mémoire d’autres récits d’individus ou de peuples, qui ont fait l’histoire d’un pays ou écrit leur propre légende personnelle, juste par leur capacité de résilience.

Par la capacité qu’ils ont eu à développer une pensée positive, alors que l’évidence aurait été de céder au découragement, au désenchantement.

Cette histoire, c’est celle d’un homme qui tombe du toit d’un building haut de cinquante étages. Alors qu’il fonce à grande vitesse vers le bitume la tête en premier, il n’a de cesse de crier étage dévalé après étage dévalé :

« Jusqu’ici tout va bien, jusqu’iciiii tout va biieeeennnn ! »

Stupéfiant, non ?!

Avant de revenir sur la fin de sa chute, ou de remonter là où tout a commencé,  il me paraît judicieux de s’arrêter un instant sur cette capacité qui fut sienne d’avoir une pensée positive alors même que son avenir n’avait de cesse de s’obscurcir.

Combien d’autres personnes avant lui, après lui, ont trouvé la force d’être résilientes et de se donner ainsi une chance de changer le cours de l’histoire ?

 

La pensée positive, l’antichambre de la cour des miracles

Et si la pensée positive avait sauvé la race noire ?

La race noire aurait-elle survécu à la traite négrière, à la ségrégation raciale, à la colonisation, à l’apartheid, au déclassement social… si au sein de cette population il n’y avait pas eu une exceptionnelle force de résilience  ?

Esclavage

A ces époques respectives, être noir équivalait à marcher avec une cible dans le dos. Certains diront que de nos jours il y a bien des endroits où ça n’a pas changé. Mais admettez qu’il n’y a rien de comparable.

Aujourd’hui je vous concède un certain plafond de verre. Rien de plus. Mais à ces époques, c’était une balle dans la tête ou le travail forcé dans les champs de coton pour des décennies et des décennies. Puis des générations d’enfants et de petits-enfants.

Alors que les bruits de fouet ne cessaient de résonner sur un dos. Puis sur un autre. Alors que l’humiliation était extrême. Se sentir moins qu’un Homme. Parce qu’on ne cesse de vous le dire. Et puis c’est écrit dans la Bible disaient-ils. Si Dieu est d’accord avec ça, ça doit être vrai.

 

La couleur de peau en (lourd) héritage

Alors que des femmes mettaient au monde des enfants innocents qui, cherchant dans les yeux de leur mère la chaleur de l’amour, y trouvaient d’abord désolation et compassion. Comme une excuse pour le lourd héritage transmis. Sa couleur de peau.

Alors que l’horizon était si obscur, des hommes et des femmes, plus que d’autres, ont gardé foi en l’avenir.

Ils ont développé une exceptionnelle pensée positive. Celle-ci les a persuadés qu’une autre destinée était possible. Et ils sont allés convaincre d’autres d’avoir eux aussi une pensée positive.

Ils ont assis l’idée de ne jamais cesser de se battre. Ils se murmuraient inlassablement « qu’importe la durée de la nuit, le jour finirait toujours par se lever ».

Au fil du combat, progressivement les chaines se sont brisées. La suite de l’histoire est celle que nous connaissons. Le jour fût.

 

Qu’aurait été l’issue des guerres sans la pensée positive des braves ?

Pensée positive guerre résilience Dans les temps si dérangés du 20ème siècle, et des siècles d’avant. Où les guerres se faisaient pour un oui ou pour un non. Ou presque.

Quand dans la déclaration d’une guerre gisait la responsabilité de la vie et de la mort de millions de personnes. Personnes qui n’avaient rien demandé, elles.

À cette époque où le courage du soldat ne se mesurait pas à la sophistication de ses armes longue portée. Quand on ne savait pas encore faire décoller ces avions qui volent sans pilote. Les drones.

Quand il fallait aller au corps à corps avec l’ennemi. Sentir son souffle. Renifler sa peur. Puis seulement, attaquer, au péril de sa vie.

Alors que l’espoir de survie était si mince, des hommes et des femmes, plus que d’autres, ont eu le courage de répondre présents. Ont-ils développé consciemment une pensée positive qui les a persuadés qu’une victoire était possible ? On ne le saura vraiment jamais.

Mais qui peut douter qu’avait grandi en eux une force de résilience inouïe qui les a guidés sur le champ de bataille. Là où ni vous ni moi n’aurions aimé être à leur place. Et sans quoi ni vous, ni moi, ne serions là aujourd’hui pour témoigner de leur bravoure.

 

Quelle pensée positive anime l’esprit d’une victime d’erreur judiciaire ?

Prisonnier-erreur-judiciaireJ’ai essayé de me mettre à sa place. Mais je n’y parviens pas. Il vient d’être condamné à une lourde peine de prison, pour un crime qu’il n’a pas commis.

Il ne verra plus sa femme, ni ses enfants, dans la maison qu’il a construit pour eux. Rien ne sera plus comme avant.

À présent sa résidence principale c’est une geôle. Le silence n’est plus rompu par le cri des enfants qui jouent dans la pièce d’à côté. Désormais surgissent intempestivement les bruissements torturés de détenus qui se lamentent.

Il est étranger à cet univers. Il ne connait pas cet endroit. Et pourtant, il devra familiariser avec.

Que fera-t-il de ses rêves ? Lui qui s’évertuait à transmettre le savoir pour que d’autres puissent rêver sans fin. Qui s’associait à toutes les entreprises qui voulaient rendre le monde meilleur.

Là où l’injustice aveugle frappe, met-elle aussi en prison les rêves qu’elle trouve sur son chemin ?

Pas besoin d’être à sa place pour entendre l’appel sourd qui résonne encore et encore : « qu’ai-je fait pour mériter ça ? »

Pourtant chaque matin il se lève. Comme tous les condamnés à tort dans le monde. Encore une nuit, encore un jour. Le cycle étant sans fin, autant le rendre utile. Progressivement la résilience bouscule la désespérance. Et puis une première pensée positive naît. Puis une deuxième pensée positive. Puis une troisième…

Enfin il se remet à rêver de nouveau. Des nouveaux rêves. Par sa seule histoire il continue à faire ce qu’il a toujours fait. Inspirer les générations futures.

 

La pensée positive pour voir quand il fait nuit

Et notre monsieur qui chute depuis le 50ème  étage dans tout ça, me direz-vous ? Eh beh, il continue de chuter !

Il y a juste un détail qui change tout. Comme tant d’autres avant lui et après lui, il s’est mis en capacité d’avoir une pensée positive dans un moment si critique. Ce faisant, il s’est donné une chance de changer le cours des choses. Il n’a pas abandonné.

Au final, savoir penser positivement c’est comme avoir des lunettes qui vous permettent de voir dans la nuit. Tant que vous les portez, vous ne craignez pas l’horizon obscur. Vous vous donnez une chance de voir ou de faire un monde meilleur.