Journaliste politique : l'actu en continu "m'a tuer"

Il faut prendre un tant soit peu de recul dans ce monde qui se transforme si vite pour réaliser ce que l’avènement des chaines d’information en continu, auxquelles on inclura internet, a fait du journaliste politique en particulier, voire du journalisme en général.

Vous souvenez-vous de cette époque où pour s’informer on achetait son petit journal chez le buraliste du coin afin de lire des analyses de fond sur des sujets de société ; puis on avait le son et l’image avec le journal de 13 heures sur la une et la deux. Et enfin venait le 20 heures, qui nous plongeait dans le quotidien des français tout en ouvrant notre regard sur les enjeux internationaux.

Il est bien loin ce temps. En à peine 15 ans le paysage audiovisuel en France s’est métamorphosé comme jamais.

D’abord l’émergence et la vulgarisation d’internet, suivi de l’éclosion de la télévision numérique. Celle-ci a fait naître les premières chaines d’information en continu (BFM TV, iTélé, pour ne pas les citer), ce qui allait marquer un tournant majeur dans le traitement de l’information politique en particulier.

 

Journaliste politique : Besoin de meubler ? Alors meublons !

En restituant l’actualité 24h/24, les chaines d’information en continu produisent cette sensation que toutes les deux secondes dans le monde il se passe quelque chose de suffisamment important qui mérite d’être relayé à titre d’actualité au grand public.

Et pourtant même si le monde ne cesse de bouger, la réalité est qu’il n’y a pas plus d’événements à la seconde qu’il y en avait il y a 10 ou 40 ans. Juste que dans ce besoin frénétique de faire de l’audience en essayant de ne pas lasser, ces nouveaux médias s’accaparent d’une info, lui trouvent un titre de blockbuster hollywoodien pour interpeller par le sensationnel, puis pour meubler l’antenne vont l’analyser dans tous les sens, même quand il n’y en a pas.

La vie politique étant la principale source d’information locale, les chaines d’information en continu ont ainsi érigé le journaliste politique en une forme de gourou qui fait son prêche en longueur de journée sur les plateaux TV en essayant d’éclairer de leur perspicacité les sujets que nos esprits obscurs n’auraient su décrypter.

 

Quand le journaliste politique découvre l’analyse politique

Si le paysage audiovisuel a changé, le monde politique a lui aussi considérablement évolué ces dernières années, celui du journaliste politique avec.

Il y a peu encore le journaliste politique courait les antennes pour commenter les combines d’appareils politiques, moquer l’inaction ou l’agitation du politique et nourrir la rubrique ‘politique people’ avec les apartés (les off) dont eux seuls ont le secret, forts de leur connivence coupable.

Aucun ne se doutait alors que l’élection d’Emmanuel Macron constituerait un point de bascule qui allait mettre à jour la vacuité de tout un système. Avec la mort déclarée du parti socialiste et le coma avancé des républicains et du Front national, les bavardages sur les combines d’appareils en ont pris un coup. Côté people aussi, plus rien à se mettre sous la dent. Ne reste plus qu’à analyser l’action politique sur le fond. Et là, c’est le drame.

 

Le journaliste politique en plein trou d’air

Le problème quand on doit meubler 24 heures d’antenne avec de l’analyse de journaliste politique, c’est que très rapidement on tombe dans du brassage de vent. De ce point de vue BFM TV est la meilleure écurie hors compétition. Le défilé du journaliste politique commence dès l’aube et il ne s’arrête jamais.

Quel que soit le sujet du jour, il aura bien droit à ses 12 heures d’antenne minimum et à une belle quarantaine d’interventions de journalistes politiques. Chacun essayant de masquer par son éloquence, l’absence de profondeur due à un traitement industrio-marketing de l’information.

De plus, pour le peu d’analyse de fond qui nous est donnée, on aurait pu espérer que celle-ci ne souffre d’aucun parti pris. Qu’elle soit juste le décryptage objectif de l’actualité. Que nenni. Chaque prise de parole du journaliste politique est teintée voire déformée par sa sensibilité à tel ou tel courant de pensée politique.

Il faut bien reconnaître que c’est un exercice difficile que de feindre la neutralité en la matière. Mais au fond personne ne le leur demande. Au contraire. Au lieu d’essayer de nous faire passer pour une information ce qui est en réalité leur opinion dont ils font la propagande clandestine, il serait préférable pour chaque journaliste politique d’annoncer ses sensibilités. Ainsi avant d’allumer son poste, le téléspectateur sait par quel prisme partisan le message sera véhiculé. Il l’intègre en conséquence. Il n’y a pas tromperie.

 

Journaliste politique : responsable mais pas coupable !

Bien sûr chaque journaliste politique vous dira qu’il est difficile de faire plus objectif que lui, niant ainsi l’impact que sa pratique journalistique peut avoir sur les grandes foules, du désamour du journaliste politique, puis de la politique, à la désertion des urnes.

D’une certaine façon ce déni est normal, la France ayant créé un écosystème politique où personne n’est responsable de rien :

Le politique au pouvoir ne fait pas ce pourquoi il a été élu mais ce n’est pas de sa faute, c’est celle des gouvernements précédents.

Le politique dans l’opposition se complaît à bloquer toutes les lois, même celles pour lesquelles il est d’accord avec cet argument tant adoré « ça ne va pas assez loin » (LOL) ; mais ce n’est pas de sa faute, ce sont les institutions.

Le journaliste politique propage ses propres idées et sait monter des situations en épingle (lynchage médiatique) pour vendre toujours plus d’espace pub ; mais ce n’est pas de sa faute, que vive la liberté de la presse.

Les sondeurs font des sondages sur tous types de sujets avec des approches qui finissent par structurer l’opinion mais ce n’est pas de leur faute, ils ne sont que le thermomètre par lequel on prend le pouls du peuple.

Le peuple français lui-même prompt à vouloir que son pays prenne le chemin de la prospérité grâce à des réformes dont l’effort devra être supporté par le voisin mais jamais par soi ; mais ce n’est pas de sa faute, il est juste attaché à son histoire, son amour de l’égalitarisme et la protection de ses acquis sociaux.

 

Sinon à part ça tout va bien.

Le journaliste politique est mort. Vive le journaliste politique.

 

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